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Pliage a Saragosse: Interview avec Junior Fritz Jacquet

L’École-Musée d’Origami de Saragosse (EMOZ) célèbre son deuxième anniversaire, et le fait avec style. L’invité pour une occasion de telle importance est Junior Fritz Jacquet, plieur de papier, français d’origine haïtienne, qui expose généralement à Paris et a fait des travaux décoratifs pour de grandes marques comme Guerlain, Repetto et Roche Bobois. Mr Jacquet a choisi de rester à l’Hôtel Sauce pendant l’inauguration de l’exposition, ce qui nous a permis d’avoir une conversation avec lui à Mi Habitación Favorita, et de plonger un peu plus profondément dans le monde de l’origami. Toutes les pièces sont en vente à son exposition, qui restera au Centre d’Histoires jusqu’au 13 Mars.

 Le musée d’origami de Saragosse a fait un bon travail d’éducation et son existence est très importante pour tous ces plieurs qui existent partout et qui ont énormément de talent 

Vous visitez Saragosse pour la deuxième fois…

La première fois que je suis venu, c’était pour un rencontre de pliage, et maintenant je viens en tant que professionnel invité au musée pour présenter mon travail. Un travail de décoration et de pièces uniques. Le travail est dans un lieu où beaucoup d’espagnols peuvent le voir et peut-être que je pourrai commencer à travailler un peu plus avec l´Espagne. Je crois que c´est une exposition qui va être bien accueillie par les gens de Saragosse.

Saragosse abrite l’un des trois musées d´origami du monde. ¿Comment est-ce que vous l’avez trouvé ?

Je sais que c’est un musée important parce que j’ai exposé dans les deux autres. Il y en a un à Allemagne, un autre à Japon. Ici c’est très grand et je trouve que le lieu est superbement bien pensé. On pose une pièce et elle prend toute de suite de la valeur. Il y a tout ce qu’il faut pour pouvoir magnifier les choses. Souvent, on a une approche très technique et on met cette technicité en avant. Ici c’est tellement bien fait que, qu’une pièce soit technique, ou décorative, la mise en valeur est toujours intéressante.

Ça a permis aux gens de la ville d’en savoir plus sur l’origami. ¿Est-ce que vous l’avez remarqué ?

Le musée a fait un bon travail d’éducation, de préparation. Il y a dans le monde de nombreux plieurs de papier mais il y en a très peu qui sont connus. Et de ceux qui sont connus, il y en a très peu qui exposent. Et le fait d’avoir un musée d’origami est génial, parce que ça va permettre aux plieurs qui ont énormément de talent d’avoir un lieu où ils peuvent présenter leur travaux.

Qu’est ce qu´on peut trouver dans votre exposition ?

Comme je sais qu’il y a eu beaucoup d’expositions depuis l’ouverture du musée, je n’ai pas voulu faire une exposition « découverte de l´origami » mais une exposition où les personnes peuvent voyager dans différents univers. J’ai voulu présenter l’origami autrement. Par exemple, j’ai fait un fond marin, en couleur, avec de la musique, et dans le fond marin il y a une centaine de méduses. Je suis très content de cette mise en scène. Tout le monde n’aime pas les méduses, mais je trouve que c’est très poétique. A l’exposition, il y en a au moins une centaine !

Combien de papier faut-il pour faire une pièce ?

Il y a une pièce dans le musée, un arbre, qui a eu besoin d’un papier de 80 centimètres de large sur 35 mètres de long. Ça fait la taille d’un trottoir. Les fleurs que je fais, c’est deux mètres par deux. Arrivé à un moment donné, je suis obligé d’aller voir les industriels du papier pour leur commander des roulots de papier suffisamment grands.

Vous avez fait de la décoration pour Guerlain et d’autres marques reconnues. Est-ce que vous avez un conseil ou une idée pour la décoration de l’hôtel Sauce ? Vous pensez que le pliage peut servir ici?

J’ai visité tout l’hôtel, j’ai regardé le sous-sol, j’ai regardé les escaliers, les chambres, et je trouve que l’architecte que vous avez employé, que ce soit en termes de couleur, en termes de design, en termes de soin, c’est juste parfait! Bien sûr, on peut toujours apporter une petite touche à gauche à droite. Mais c’est le mélange des univers nouveau et ancien et une attention à tous les petits détails que je trouve génial. Et aussi, je trouve génial le soin que les personnes qui travaillent à l’hôtel mettent à s’habiller. Quand je suis arrivé, le monsieur de l’accueil avait une cravate assortie à sa chemise, assortie aussi avec le petit gilet, le pantalon de la même couleur que les chaussures… Je ne sais pas si c’est fait exprès, mais je trouve que l’ambiance de l’hôtel et le style de certaines personnes qui travaillent ici, ça se marie à merveille ! Si un jour je dois conseiller un hôtel à Saragosse à quelqu’un, je n’en conseillerais aucun autre!

Quand vous avez commencé à plier le papier, à l’âge de 7 ans, est-ce que vous pensiez que vous pourriez arriver si loin ?

On n’imagine pas qu’on peut monter une entreprise autour du pliage, mais c’est grâce à toute cette passion que j’arrive à voyager et à présenter ce genre de travaux. Maintenant, j’ai 5 salariés : je crée, je leur montre et ils reproduisent les choses pour moi. Et ce n’est pas seulement ça, je vais vous raconter une anecdote. Je suis haïtien, alors, pour aller aux Etats-Unis, il me faut un visa. La dame qui devait me le donner, quand je suis arrivée à l’ambassade, me regardait bizarrement donc j’explique mon métier. Je vois que la communication va être compliquée, alors je prends mon catalogue, je l’ouvre et je lui montre une photo. Et son visage s’éclaire, elle dit: « C’est vous qui faites ça? » Et moi je dis: “Oui”, et elle répond: “Mais je suis allée à votre exposition à cet endroit! » Et d’un coup, du fait qu’elle a vu que c’était moi, elle m’a donné un visa pour aller aux Etats-Unis pour 5 ans !

Il faudra se mettre à plier du papier pour voir où ça nous porte ! Mais je ne sais pas si j’ai la patience….

Ça n’est pas un problème. Il y a des pliages pour toutes les différentes personnalités. Tout le monde peut plier. Si je vois que la personne qui est en face de moi n’a pas de patience, je vais lui donner des choses où il n’aura pas besoin de patience et il va pouvoir s’énerver dessus. Si vous visitez l’exposition, vous verrez que j’emploie différents types de papier, carton, etc. Ça correspond à mes émotions du moment. Quand je suis calme, je peux faire des choses très fines et très délicates. Mais si je suis nerveux, je plie quelque chose come le carton.

Quelle est la chose qui ne peut pas manquer dans la valise d’un plieur, en particulier la vôtre?

Mon vaporisateur d’eau. C’est quelque chose que les gens ne savent pas , mais ça envoie de la vapeur chaude dans les vêtements. Et comme je n’aime pas avoir des vêtements froissés, avant de prendre ma douche je fais le rituel de prendre mes affaires et mon vaporisateur d’eau, et quand je termine la douche, tous le plis se sont défroissés. C’est une technique que ma mère m’a appris. Avant de mettre dans la valise la trousse de bain, je mets le vaporisateur. C’est bizarre mais c’est très utile… Je l’utilise aussi pour déplier le papier !

Photo Benjamin Hoffelé

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